Bruxelles met sur la table un projet de règlement — le “Wine Package” — pour répondre aux déséquilibres de marché, au choc climatique et aux mutations de consommation. Une réforme structurante, mais pas une baguette magique.
En 2024, face à l’empilement des crises qui fragilisent le vin européen, la Commission européenne a convoqué une réunion de haut niveau sur la politique vitivinicole. De ce travail est née, début 2025, une proposition de règlement rapidement baptisée “Wine Package”. L’ambition est claire : redonner du souffle à un secteur confronté à des transformations profondes, internes comme externes, et lui fournir des outils plus adaptés à une nouvelle réalité.
Pour comprendre ce que ce paquet législatif peut — et ne peut pas — changer, il faut d’abord regarder les causes du malaise. Ces dernières années, la filière a encaissé une succession de chocs : évolution des attentes des consommateurs, tensions commerciales, inflation, COVID, guerre en Ukraine, et impact direct du changement climatique sur la vigne. Certaines de ces perturbations relèvent de la conjoncture, d’autres sont structurelles. Résultat : dans plusieurs régions, des mesures d’urgence ont dû être déclenchées (distillation, vendanges en vert, stockage privé) pour traverser les phases de surpression. Mais ces réponses de court terme disent surtout une chose : le marché est déséquilibré, et la correction ne peut plus se limiter à des rustines.
Au-delà des difficultés de production, le point dur de la crise européenne est désormais bien identifié : la baisse structurelle de la consommation, particulièrement marquée dans les marchés traditionnels. Face à ce recul durable, le CEEV (Comité Européen des Entreprises Vins) plaide pour des politiques qui renforcent les marchés et permettent au secteur de mieux répondre aux attentes actuelles : compétitivité, innovation, adaptation à la demande — plutôt qu’un recours prioritaire à des outils “destructeurs” comme l’arrachage ou la distillation.
Ce que l’histoire du vin européen démontre
La question qui fâche reste la même : comment traiter le déséquilibre croissant entre production et consommation ? Et pourquoi privilégier une approche orientée marché plutôt qu’une réduction de capacité ? Le CEEV répond par l’expérience : réduire l’offre ne règle pas mécaniquement le problème, et peut même affaiblir la résilience future.
Depuis la grande réforme de 2008, l’OCM vitivinicole a cherché à moderniser la filière, renforcer la compétitivité des producteurs européens, simplifier la gestion et préserver le rôle social et environnemental de la viticulture dans les zones rurales. Ce cadre a contribué à une montée en puissance des exportations : de 3,9 milliards d’euros en 2004/2005 à 16,6 milliards d’euros en 2024/2025, avec un solde commercial positif de 15,1 milliards d’euros.
À l’inverse, l’UE a consacré plus d’un milliard d’euros à l’arrachage entre 2009 et 2011 (plus de 164 000 hectares supprimés). Or, malgré cette contraction importante du vignoble, la production n’a pas significativement reculé entre 2011 et 2023. Pour le CEEV, c’est une preuve : les mesures destructrices n’adressent pas le déséquilibre structurel et n’améliorent pas la robustesse de long terme.

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Le cœur du “Wine Package” : plus d’outils nationaux, plus d’agilité
La Commission part d’un diagnostic assumé : les États membres doivent disposer d’un arsenal plus opérationnel pour prévenir les excédents et ajuster la production aux réalités du marché.
Le texte propose ainsi de donner davantage de marge aux autorités nationales pour éviter les surstocks : possibilité de fixer des rendements maximums, et d’associer des conditions aux autorisations de plantation — notamment lorsque des financements européens entrent en jeu. En cas de sur-offre persistante, l’accès à des instruments de crise serait élargi : vendanges en vert, dispositifs d’arrachage, distillation d’urgence.
Autorisations de plantation : resserrer, mais simplifier
Le régime des autorisations de plantation serait également resserré, avec exemption réservée aux États membres disposant de très petites surfaces viticoles. En parallèle, un assouplissement notable vise la replantation : validité des autorisations portée de 3 à 8 ans, et suppression de pénalités liées aux délais avant replantation — un signal de décompression administrative pour les exploitants.
Climat : accélérer l’investissement
Autre volet majeur : l’adaptation climatique. La Commission propose un soutien renforcé aux investissements environnementaux, avec un cofinancement UE pouvant atteindre 80 % pour des projets liés à l’atténuation et à l’adaptation. L’objectif est d’encourager des investissements concrets (matériels) comme immatériels (outils, organisation, compétences).
Vins no/low : moderniser les catégories et l’information consommateur
Le “Wine Package” actualise aussi le cadre des vins à faible teneur en alcool et sans alcool : définition des catégories, seuil “sans alcool” fixé jusqu’à 0,5 % vol., création d’une catégorie “alcool-léger” pour les vins partiellement désalcoolisés, simplification des règles pour les effervescents désalcoolisés. Côté information, la Commission prévoit un symbole harmonisé identifiant le QR code renvoyant aux ingrédients et aux informations nutritionnelles — avec l’idée de réduire les coûts de commercialisation via une identification standardisée.
Reconnecter régions et consommateurs : tourisme et promotion export
Le texte renforce également les leviers de connexion au consommateur : soutien accru à l’œnotourisme et prolongation des programmes de promotion sur les marchés tiers, la durée maximale passant de 3 à 5 ans — un pas vers des stratégies plus cohérentes et moins “one shot”.
Produits aromatisés : alignement réglementaire
Enfin, le projet aligne le cadre des produits aromatisés (vermouth, sangria…) sur celui du vin, notamment pour le QR code et la possibilité d’utiliser des bases désalcoolisées ou partiellement désalcoolisées afin de répondre à l’évolution de la demande.
Bonne recette… mais pas suffisante
Alors, bon ou mauvais paquet ? Dans l’ensemble, le CEEV juge la proposition positive : elle vise une meilleure gestion de l’offre sans faire de l’arrachage et de la distillation l’alpha et l’oméga, tout en simplifiant certains mécanismes et en facilitant l’adaptation au marché (no/low) et la réduction de frictions commerciales (QR code harmonisé).
Mais ce texte, à lui seul, ne peut pas inverser le déclin structurel de la consommation. Son intérêt est ailleurs : créer un cadre qui stimule la compétitivité, diminue certains coûts de mise en marché et outille mieux les États membres et les opérateurs pour s’adapter. Et, fait notable, le débat se déplace : il ne s’agit plus seulement de compter les hectares à arracher ou les volumes à distiller, mais de penser marché, innovation et connexion consommateur. C’est déjà, en soi, un tournant.
A propos du CEEV
En tant que porte-voix des entreprises du vin de l’Union européenne, le CEEV a pour mission de coordonner le dialogue au sein du secteur vitivinicole européen et international, et de défendre les intérêts communs des entreprises du vin de l’UE auprès des autorités et parties prenantes nationales, européennes et internationales, sur l’ensemble des politiques affectant la filière.
E-mail : [email protected] — Site : www.ceev.eu




