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Accord UE-Mercosur : une opportunité stratégique que l’Europe ne peut pas se permettre de manquer

L’accord commercial UE-Mercosur est une opportunité majeure pour les spiritueux européens, mais aussi la preuve que les deux blocs restent attachés à un système commercial mondial ouvert et résilient.
Article - 8 septembre 2025

Auteur : Pauline Bastidon, directrice Commerce et Affaires économiques, spiritsEUROPE

Après 25 ans de négociations, l’accord UE-Mercosur figure parmi les accords commerciaux les plus ambitieux jamais conclus par l’Union européenne. Sa portée dépasse largement la simple réduction des droits de douane. Pour le secteur des spiritueux — fleuron des exportations agroalimentaires européennes —, il représente une opportunité essentielle d’élargir l’accès au marché, de renforcer la protection des indications géographiques et de développer la coopération économique avec quatre partenaires dynamiques d’Amérique du Sud : le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay.

Pourtant, la signature tant attendue a de nouveau été repoussée. Pour un secteur qui prospère grâce à l’ouverture et au commerce mondial, ce retard n’est pas seulement une occasion manquée : il devient un risque croissant dans un contexte géopolitique instable.

Plus de 60 % des exportations de spiritueux de l’UE sont destinées à des pays tiers — dont plus des deux tiers sont protégées par une indication géographique. Ces exportations soutiennent des milliers d’emplois dans les zones rurales européennes : un emploi dans les spiritueux en soutient six dans les secteurs amont, notamment l’agriculture.

Shelves full of alcohol bottles ©Imago via Zuma Press

Diversifier pour renforcer la résilience

Aujourd’hui, plus de 60 % de nos exportations sont concentrées sur seulement trois marchés : les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni — dont au moins deux sont devenus plus imprévisibles ces dernières années. Diversifier les marchés est vital, mais les entreprises ne peuvent pas y parvenir seules.

La région du Mercosur, avec ses 280 millions d’habitants et un PIB combiné de près de 3 000 milliards de dollars, offre un fort potentiel pour les spiritueux européens — non pour remplacer les marchés américains ou chinois, mais pour les compléter. Actuellement, des droits de douane pouvant atteindre 35 % en Argentine freinent notre compétitivité.

Le Brésil, poids lourd du bloc, montre déjà un intérêt pour les spiritueux importés : 11 % de son marché est occupé par des produits étrangers, laissant une marge de progression considérable.

Une fois ratifié, l’accord éliminera tous les droits de douane sur les spiritueux européens (actuellement 18 % au Brésil, Paraguay et Uruguay, et 20 à 35 % en Argentine) dans un délai court — la plupart en quatre ans. Ce sera un atout compétitif majeur, notamment pour le whiskey irlandais, les liqueurs françaises et italiennes, et la vodka suédoise ou polonaise.

Au-delà des droits de douane

L’accord comprend un annexe dédiée aux vins et spiritueux, qui traite des barrières non tarifaires et prépare le terrain pour une coopération réglementaire, réduisant ainsi les coûts de conformité. Il permettra aussi aux exportateurs européens d’utiliser des hubs régionaux selon les règles d’origine, offrant plus de flexibilité logistique.

Il protégera 350 indications géographiques européennes, dont le whiskey irlandais, la vodka polonaise et la vodka suédoise, en interdisant l’usage abusif des noms et des images trompeuses. Quelques IG, comme le Cognac et la Grappa, bénéficieront d’une protection progressive. L’accord protège également plusieurs IG du Mercosur, dont la Cachaça.

Sur le plan environnemental, les deux blocs s’engagent à respecter l’Accord de Paris, à protéger les droits des travailleurs et à instaurer des mécanismes de règlement des différends avec participation de la société civile et publication des rapports. Les normes de sécurité alimentaire de l’UE ne seront pas abaissées.

Un enjeu de calendrier

Les accords commerciaux ne sont pas seulement une question d’accès, mais aussi de timing : être les premiers a de l’importance. « Cet accord offre à l’UE un avantage de premier entrant qui ne durera pas éternellement », prévient Pauline Bastidon.

Les pays de l’AELE (Association européenne de libre-échange) ont déjà conclu leurs négociations avec le Mercosur. Tout retard supplémentaire risquerait de faire perdre à l’UE son avantage face à des concurrents qui finalisent déjà leurs propres accords.

Mettre en place une présence commerciale solide sur un nouveau marché prend du temps. Une entrée en vigueur dès cette année donnerait aux entreprises européennes la certitude nécessaire pour investir dans des partenariats locaux, développer des réseaux de distribution et atteindre de nouveaux consommateurs.

À propos de spiritsEUROPE :

SpiritsEUROPE représente l’un des secteurs agroalimentaires les plus précieux de l’UE à l’export, ainsi que 31 associations nationales de producteurs de spiritueux dans 24 pays européens (UE27 + Norvège, Royaume-Uni et Suisse), et 11 grandes entreprises multinationales. L’organisation promeut un commerce ouvert, une consommation responsable et la durabilité environnementale, et s’implique activement dans les politiques commerciales pour favoriser l’accès aux marchés et la coopération réglementaire.

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