Rosie Davenport : communiquer sur la durabilité
En observant le lien étroit entre la viticulture et la nature, cette journaliste spécialisée dans le vin a vu « un vide sur le marché » pour une agence de communication qui mettrait en avant les enjeux de “durabilité” dans le secteur.
©Rosie Davenport
Rosie Davenport a deux mantras : être une bonne personne et créer de la valeur grâce à la durabilité. « Je pense qu’en tant qu’êtres humains, il est important que nous prenions soin les uns des autres », déclare la fondatrice de l’agence de communication et de durabilité Impact Focus. « Les valeurs essentielles pour être une bonne personne — équité, intégrité, égalité — sont les mêmes que pour une bonne entreprise. Ces principes, le côté humain de la durabilité, ont toujours guidé ma vie et mon travail. »
Depuis environ 25 ans, ce travail se déroule dans l’industrie du vin. Après avoir obtenu un diplôme en psychologie à l’Université de Leicester, Davenport s’est formée au journalisme et est devenue rédactrice en chef de Harpers Wine & Spirits et Drinks Retailing News, deux publications professionnelles britanniques de référence. Elle a ensuite bifurqué vers la communication d’entreprise et s’est installée à Sydney en tant que responsable des relations publiques et de la communication pour Australian Vintage. Ce poste l’a conduite dans des centaines de domaines viticoles à travers le monde, où elle n’a pu s’empêcher de constater le lien profond entre la production de vin et la nature.
Apprendre à déchiffrer des termes complexes liés à la durabilité et à les traduire dans un langage compréhensible pour tous a été l’un des catalyseurs de son changement de carrière. L’autre a été de vivre à Sydney pendant les incendies de brousse de 2019 et de constater les réactions en Australie et à l’international. Cette expérience lui a fait comprendre que continuer comme avant n’était plus une option et qu’elle voulait orienter son futur travail vers la durabilité.
« J’ai vu un vide sur le marché pour une agence de communication qui comprendrait vraiment les concepts de durabilité et pourrait travailler avec les clients de manière plus approfondie », explique Davenport, qui est revenue au Royaume-Uni et a fondé Impact Focus en 2020. Elle avait déjà une vision claire : aider ses clients à se sentir confiants lorsqu’ils parlent de leurs objectifs et réalisations en matière de durabilité, et leur donner la possibilité de transformer cette durabilité en un atout commercial clé pour obtenir un avantage concurrentiel précieux dans un marché du vin déjà très concurrentiel.
Malgré son expérience, Davenport est retournée étudier, d’abord à l’Institute for Sustainability Leadership de l’Université de Cambridge, puis auprès de B Lab, l’organisme à l’origine de la certification B Corp, pour devenir B Leader, c’est-à-dire accompagner les entreprises vers cette certification. Elle n’a pas cessé depuis, car, selon elle, l’amélioration continue et le développement font partie des valeurs d’Impact Focus. Elle est également accréditée comme Sustainability Professional certifiée par la Global Reporting Initiative (GRI), principal cadre mondial pour les rapports de durabilité et la manière dont les entreprises rendent compte de leurs impacts.
« La communication est une grande partie de notre travail », précise Davenport. « Nos clients ont soit déjà une stratégie et travaillent activement à améliorer leur impact, mais ont besoin d’aide pour la communiquer ; soit ils veulent devenir plus durables mais ne savent pas par où commencer. Dans ce cas, nous travaillons avec eux pour comprendre quelles parties de leur entreprise doivent être prioritaires. »
Davenport veille aussi à ce que son entreprise — une petite équipe de six femmes — travaille dans d’autres secteurs que le vin, avec des ONG, des organisations axées sur la durabilité, des sociétés de l’hôtellerie et de l’événementiel, et ce dans différents pays, afin qu’Impact Focus conserve une vision globale.
Davenport espère qu’Impact Focus inspirera les principales parties prenantes de ses clients à célébrer le bon business, à créer de la fidélité et, en fin de compte, à générer des ventes. Car une entreprise performante doit aussi être rentable. « Les entreprises intelligentes comprennent que la durabilité n’est pas un centre de coûts, mais un lieu d’innovation, de réinvention de leur fonctionnement, de pragmatisme et de création de valeur tangible — à la fois financière et réputationnelle », conclut-elle.
Cinq questions directes à Rosie Davenport
Comment gérez-vous votre propre empreinte carbone ?
Nous travaillons autant que possible en ligne. C’est aussi un sujet que nous abordons avec nos clients, en les invitant à examiner leur politique de déplacements. Lorsque nous voyageons, nous privilégions le train à l’avion et nous optimisons notre temps sur place : si je suis à Londres, j’enchaîne les réunions pendant dix heures dans la journée.
Si mon entreprise est accusée de greenwashing, puis-je venir vous voir ?
Absolument. La législation anti-greenwashing est devenue un sujet majeur pour les entreprises, et celles qui enfreignent la loi peuvent être sanctionnées pour avoir trompé les consommateurs par leur communication. Souvent, les équipes ne réalisent pas que leurs formulations peuvent mettre leur entreprise et sa réputation en danger. Les enjeux sont plus élevés que jamais, et les consommateurs se sentent de plus en plus légitimes pour dénoncer le greenwashing. Les marques de vin peuvent tout autant être concernées, mais la plupart ne sont pas préparées.
Avez-vous déjà refusé des clients ?
Impact Focus a une approche unique : nous ne travaillons qu’avec des entreprises engagées dans la durabilité. Certaines commencent à peine et ne savent pas par où commencer, nous les aidons alors à bâtir une stratégie concrète que nous pouvons ensuite communiquer avec assurance. D’autres agissent déjà, mais peinent à raconter leur histoire — c’est là que nous intervenons. Nous avons refusé quelques sociétés cherchant à obtenir rapidement la certification B Corp en brûlant les étapes. En tant que membres du réseau B Corp, nous savons que cela demande du temps et de l’engagement. Nous ne collaborons qu’avec des entreprises partageant notre état d’esprit et nos valeurs.
Le vin est souvent perçu comme un produit naturel et pur. Comment communiquer sur des initiatives de durabilité sans nuire à cette image ?
Le vin a une opportunité en or pour s’approprier le récit de la durabilité. Peu d’industries peuvent revendiquer un lien aussi fort avec la nature. Expliquer les innovations réalisées dans les vignobles de façon simple n’est pas difficile pour intéresser les amateurs de vin. De plus, une grande partie d’entre eux sont curieux et veulent lire, s’informer sur ce qu’ils boivent. Les entreprises vinicoles sont face à une porte ouverte… mais elles doivent bien s’y prendre.
Quelle est, selon vous, la plus grande occasion manquée en matière de durabilité ?
Notre secteur passe beaucoup de temps à s’interroger sur la désaffection des jeunes et sur la manière de les retenir. La durabilité est le moyen de se connecter à eux : ils sont la génération la plus consciente de la menace climatique et savent qu’ils vivront une partie de leur vie dans une urgence climatique. Ils recherchent activement des marques responsables et posent des questions difficiles. Sans communication solide sur la durabilité, les domaines viticoles manquent cette opportunité.
BIO
Anne Burchett, DipWSET, est spécialiste du marketing et de la communication dans le vin, experte auprès de l’Agence exécutive européenne pour la recherche (REA), juge (IWC et Decanter), autrice et conférencière sur l’économie du vin. Elle travaille dans ce secteur depuis plus de 35 ans.



