Marché mondial du vin en vrac 2025
Le dernier Ciatti Global Market Report révèle un secteur du vrac fragmenté en pleine reconfiguration, confronté à des déséquilibres régionaux, à l’évolution des tendances de consommation et aux risques tarifaires. L’adaptation et l’agilité deviennent essentielles pour les acheteurs comme pour les vendeurs.À mi-année 2025, le commerce mondial du vin et des spiritueux en vrac traverse l’une de ses transitions les plus complexes depuis des décennies. Les schémas d’approvisionnement divergent fortement entre les hémisphères, les comportements des consommateurs évoluent plus vite que les producteurs ne peuvent s’y adapter, et l’économie du vin est redéfinie par l’inflation, les tarifs douaniers et l’évolution des goûts.
Le dernier Ciatti Global Market Report (juin 2025) dépeint une situation prudente : ni en crise, ni en plein essor, mais marquée par une recalibration mondiale du secteur.
Ralentissement structurel de la demande
En Amérique du Nord comme en Europe, les ventes de vin au détail restent stables ou en baisse — une tendance qui a commencé il y a quatre ans. Cette stagnation contraint les distributeurs et les marques à rationaliser leurs portefeuilles et à céder parfois de la place en rayon à d’autres catégories comme les RTD (ready-to-drink), la bière et les boissons à faible ou sans alcool. Les jeunes consommateurs, en particulier la génération Z, sont moins attachés émotionnellement à la culture du vin. Pour eux, les boissons sont avant tout synonymes de rafraîchissement et d’occasion, plutôt que d’héritage.
L’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV) estime que la consommation mondiale de vin en 2024 était inférieure de 22 millions d’hectolitres à celle de 2019, soit l’équivalent de la moitié de la production annuelle de l’Italie. Au sein de ce recul, la structure de la demande évolue : blancs, rosés et styles plus légers gagnent en part, tandis que les vins rouges plus alcoolisés reculent.
Au Royaume-Uni, le nouveau régime de droits d’accise — qui favorise les vins à moins de 11 % vol. — a accentué cette dynamique, accélérant l’intérêt pour les produits à faible ou sans alcool.
Cette évolution n’a rien d’une tendance éphémère : elle reconfigure les stratégies d’approvisionnement et les modèles de prix dans l’industrie du vrac. Les acheteurs ne constituent plus de stocks en anticipant une croissance future : ils achètent au plus près des besoins, avec des volumes flexibles.
Photo 2 : (c) Adobe Stock
Hémisphère Sud : une situation contrastée
Les vendanges 2025 au sud de l’équateur présentent des fortunes diverses.
Chili
Une récolte inférieure de 25 % à la moyenne entraîne une offre restreinte et des prix élevés. Les embouteilleurs locaux et les clients internationaux historiques ont été servis en priorité, laissant peu de disponibilité pour les nouveaux entrants. Les blancs génériques et variétaux sont particulièrement rares.
Argentine
À l’inverse, l’Argentine dispose d’une vendange quasi normale (1,98 million de tonnes) et de 630 millions de litres en report. Le pays propose des prix très compétitifs, notamment en rouges et blancs génériques. La libéralisation du peso a stabilisé les exportations, tandis que les demandes de Malbecs et rosés à faible teneur en alcool — en provenance du Royaume-Uni et de Scandinavie — montrent une adaptation aux nouvelles tendances.
« Les spiritueux pourraient bientôt dépasser le vin en volume total, portés par la culture cocktail et la premiumisation des alcools bruns. Ce changement est majeur pour le vrac : alcool neutre, bases fortifiées et vins orientés spiritueux deviennent des débouchés alternatifs pour les excédents. »
Afrique du Sud
Vendange 2025 : +11 % par rapport à 2024 et très bonne qualité. Aucun stock en report : l’offre provient uniquement de la nouvelle récolte — gage de régularité mais de faible flexibilité. Le rand reste faible face à l’euro et à la livre, soutenant la compétitivité en Europe malgré des incertitudes tarifaires sur les échanges avec les États-Unis.
Australie / Nouvelle-Zélande
L’Australie affiche un marché calme, des blancs d’entrée de gamme abondants mais une demande apathique sur les rouges. Les grands groupes restructurent vers le premium et les effervescents.
La Nouvelle-Zélande enregistre au contraire une nouvelle très grande récolte, au point que certains raisins n’ont pas été vendangés. Avec des stocks encore élevés de 2023-2024, les prix se détendent et offrent des opportunités tactiques d’achat.
Photo 3 : Noorbohandelen shop in Torvehallerne market hall. Denmark’s first special shop for fine spirits in bulk (c) Adobe Stock
Hémisphère Nord : stabilité avec prudence
En Europe et en Amérique du Nord, le marché du vrac se stabilise, mais à des niveaux modestes.
France
Dans le Sud, les stocks restent importants malgré une récolte 2024 en recul de 17 %. Les prix sont négociables, souvent inférieurs à ceux de l’Espagne ou de l’Italie. Les acheteurs prêts à charger avant vendange peuvent sécuriser de bonnes affaires.
En Cognac, la baisse des exportations vers la Chine et les États-Unis réoriente une partie de la production vers du vin blanc générique et du moût concentré.
Espagne
Une récolte 2025 de taille moyenne à importante est attendue après un hiver humide et un printemps doux. Les stocks sont d’environ 10 % sous la moyenne quinquennale. La légère baisse des prix pourrait ne pas durer.
Italie
Les exportateurs souffrent du tarif d’importation américain de 10 % et d’un dollar faible. Les mises en bouteille de Prosecco et Pinot Grigio ont reculé de 6 % en mai à destination des États-Unis. Les prix restent stables mais les stocks de vins blancs sont faibles. Des inquiétudes liées à la sécheresse persistent en Pouilles et en Sicile.
Californie
Le prix plancher non officiel de 2,00 $/gallon s’assouplit à l’approche de la vendange. Les transactions se rapprochent du niveau “California Appellation”. Les acheteurs internationaux accèdent ainsi à des vins de bonne qualité — notamment côtiers — à des prix compétitifs. Les contrats pluriannuels se multiplient pour sécuriser volumes et revenus.
Recalibrage stratégique – les spiritueux en embuscade
Face à une demande atone, les spiritueux prennent l’avantage.
Les données mondiales de la World Spirits Alliance indiquent une possible prise de leadership en volume total. Cela profite au vrac :
• alcool neutre
• bases fortifiées
• vins intermédiaires (vermouth, aromatisés)
Dans le vin, la bataille se concentre désormais sur les consommateurs de styles légers et lumineux :
– vins sous 10,5 % vol.
– offres bio
– emballages innovants (fûts, canettes fines)
– produits hybrides (arômes, co-branding)
Les frontières entre catégories s’estompent.
Perspectives : vers un nouvel équilibre instable
Si 2024 fut une année de repli, 2025 est celle de la réévaluation.
Le rapport qualité-prix du vrac est le plus intéressant depuis une décennie, mais un climat d’incertitude persiste :
• surplus dans certaines régions
• rareté dans d’autres
• montée des boissons innovantes et faiblement alcoolisées
• risques géopolitiques et tarifaires
Ceux qui sauront naviguer avec agilité — accords pluriannuels, diversification, alignement sur les nouveaux usages — feront de l’incertitude un levier de compétitivité.
Les autres risquent de se retrouver avec des cuves pleines et des carnets de commandes vides.
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