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L’étiquetage du vin à l’ère numérique

Face à l’urgence climatique et à la responsabilité sociale, un message s’impose dans le monde du vin : la durabilité doit aller au-delà de l’étiquette. « Avec la durabilité, au début on avance vite – on cueille les fruits faciles – mais on se heurte très vite à la complexité. Il faut aussi composer avec des arbitrages et des contraintes commerciales bien réelles », explique Dom de Ville, directeur Durabilité et Impact social à The Wine Society (TWS) au Royaume-Uni.
Article - 5 septembre 2025

A glass and a bottle of wine on a table @Adobe Stock

L’industrie des boissons alcoolisées est à un tournant en matière d’étiquetage. Les étiquettes traditionnelles des bouteilles de vin manquent d’espace pour répondre à la demande croissante d’informations de la part des consommateurs, des régulateurs et des entreprises. Dans un contexte d’intérêt grandissant pour la durabilité et la transparence, l’étiquetage électronique apparaît comme la solution logique : il permet aux maisons de vin d’offrir aux consommateurs connectés un accès clair, rapide et complet à des informations détaillées sur leurs produits. Les e-labels offrent aussi la possibilité de partager des contenus orientés vers le consommateur, comme des suggestions d’accords mets-vins, des avis ou encore des informations sur l’héritage et le savoir-faire des producteurs.

Aujourd’hui, il est temps de faire de l’étiquetage électronique une pratique généralisée. La FIVS, fédération internationale du vin, a développé des Principes de bonne réglementation pour l’e-labelling, plaidant pour une approche plus intelligente et adaptable en matière d’information produit.

Si chaque gouvernement conserve la liberté de légiférer en fonction de son contexte national, les principes de la FIVS constituent un cadre de réflexion pour éviter des réglementations fragmentées, lentes à mettre en place et potentiellement sources de barrières commerciales. La fédération recommande notamment l’adoption d’un QR code unique et universel, sans contrainte de langue, regroupant les informations obligatoires et facultatives, et pouvant à terme remplacer les codes produits uniques (UPC, codes-barres) au point de vente.

La FIVS, 75 ans de « Voix du vin »

À l’approche de son 75ᵉ anniversaire, la FIVS s’affirme comme un acteur central dans l’élaboration des politiques, des échanges commerciaux et de l’innovation. Forte de son expérience, elle rappelle que les initiatives les plus efficaces sont celles pensées stratégiquement dès le départ, garantissant une adoption fluide et un succès durable.
En définissant des principes clairs d’e-labelling, la fédération souhaite instaurer une cohérence internationale, permettant aux gouvernements et aux entreprises de s’aligner sur des pratiques bénéfiques à la fois aux producteurs, aux consommateurs et au commerce mondial.

Des systèmes déjà éprouvés

Plusieurs gouvernements ont déjà expérimenté l’étiquetage numérique avec succès. En Corée du Sud, un projet pilote mené en 2022 a permis aux consommateurs d’accéder, via QR code, à des informations détaillées sur les aliments : ingrédients, dates de péremption, alertes sanitaires. Les retours ont mis en avant la praticité du dispositif, certains distributeurs allant jusqu’à intégrer le suivi des dates de péremption directement en caisse.

Pour le vin, l’e-labelling répond à un défi structurel : le manque de place sur les étiquettes physiques. Un QR code permet d’ajouter des informations actualisées d’un millésime à l’autre, notamment sur la composition et les valeurs nutritionnelles, tout en enrichissant l’expérience d’achat avec des détails sur le terroir, le climat ou les conseils de service.

L’adoption des QR codes explose dans le monde, portée par la généralisation des smartphones et par la génération Z, pour qui l’achat doit s’accompagner de transparence et de cohérence avec leurs valeurs. L’Union européenne a franchi une étape clé en autorisant depuis décembre 2023 l’utilisation des e-labels pour les vins commercialisés sur son territoire, incluant les informations obligatoires sur les ingrédients et la nutrition. En Italie et en Espagne, ces mêmes QR codes servent également à informer les consommateurs sur le recyclage et l’élimination des emballages.

Une bouteille de vin avec un verre de vin portant une étiquette vierge. @Adobe Stock

Vers une approche harmonisée

La FIVS plaide pour une harmonisation internationale, afin de clarifier quelles données doivent rester visibles sur l’étiquette physique et lesquelles peuvent être confiées au numérique. Cette convergence permettrait aux producteurs de vin d’éviter la multiplication des versions d’étiquettes selon les marchés, réduisant coûts et délais, tout en renforçant la confiance des consommateurs.

La fédération souligne toutefois que la transition ne sera pas sans défis. Les gouvernements devront veiller à l’accessibilité numérique et garantir que l’e-labelling reste pratique pour tous, y compris ceux qui n’ont pas accès à Internet. Les étiquettes numériques sont conçues pour compléter, et non remplacer, les étiquettes physiques : les informations essentielles resteront imprimées sur la bouteille, tandis que les contenus supplémentaires — obligatoires ou facultatifs — seront accessibles en ligne. La FIVS insiste enfin sur le respect des lois relatives à la protection des données personnelles.

Une solution tournée vers l’avenir

En assurant la promotion des standards internationaux harmonisés, les Principes de la FIVS pour l’e-labelling offrent une approche pragmatique, efficace et tournée vers l’avenir. Ils représentent une opportunité unique pour les gouvernements de soutenir le commerce, la durabilité et la transparence dans une industrie du vin en pleine mutation.

A propos de Julie Hesketh-Laird :

Julie Hesketh-Laird est directrice générale de la FIVS, la voix mondiale du vin, qui représente les intérêts du secteur auprès d’instances internationales pour garantir un environnement commercial sans barrières.