Interviews, Vinexposium

Interview : Febvre Wines Irlande

« La catégorie est importante et le sera encore plus à l’avenir »

Fondée en 1963, la société Febvre Wines est l’un des importateurs de vin les plus anciens et les plus importants d’Irlande. Bénéficiant d’une présence historique dans le secteur CHR, elle s’est orientée plus récemment vers le commerce de détail, aussi bien auprès des indépendants qu’en grande distribution. Mike Farrelly, directeur des achats, explique l’importance des vins issus du développement durable sur le marché irlandais et les perspectives d’avenir.

Quelle est l’importance des vins biologiques et biodynamiques au sein de votre portefeuille ?

Ils sont très importants. Nous avons toujours été très impliqués dans cette catégorie, même si après le krach de 2007, le marché a légèrement évolué et les gens ont commencé à se focaliser sur des vins moins chers. Le marché a deux facettes : d’un côté, l’aspect plus spécialisé axé sur les vins plutôt confidentiels, et de l’autre, un courant plus démocratisé où les gens recherchent simplement des vins comme le Pinot grigio ou le Sauvignon blanc. Toujours est-il que les vins biologiques et biodynamiques suscitent un grand intérêt et beaucoup de consommateurs avertis s’y intéressent désormais. Nous figurons parmi les principales entreprises du secteur du vin en Irlande et à ce titre, nous couvrons l’ensemble du marché, à la fois l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Actuellement, 20 à 25 % de nos références sont biologiques ou biodynamiques, mais beaucoup de nos fournisseurs sont en phase de conversion et certains d’entre eux seront certifiés à partir du millésime 2021. Leurs vins respectaient déjà les critères du développement durable, mais ils sont désormais en voie de certification. À l’inverse, certains de nos fournisseurs quittent le système de certification parce qu’ils estiment que les règles ne sont pas assez strictes. Ils veulent se différencier et mettre en exergue les contraintes plus rigoureuses qu’ils s’imposent par rapport aux vins certifiés biologiques ou biodynamiques.

Le positionnement prix est-il plus élevé que pour les vins conventionnels ?

Certains de nos fournisseurs, par exemple le Domaine Dujac en Bourgogne, se classent dans la catégorie super premium. Les régions dont l’antériorité est plus ancienne, comme le Piémont, Sancerre ou Chablis, sont déjà en mesure de pratiquer des prix élevés, mais le segment super premium ne représente qu’une part infime du marché et concerne des consommateurs avertis. Les producteurs de vins biologiques et biodynamiques implantés dans des vignobles moins connus qui pratiquent des prix super premium auront du mal à s’imposer sur notre marché. L’Irlande ne compte qu’environ 5 millions d’habitants et nous ne consommons que 21 litres de vin par personne. Le marché est donc restreint. Les vins biologiques et biodynamiques se commercialisent généralement en cœur de gamme et des produits à des positionnements prix moins élevés arrivent sur le marché. Cependant, avec la crise du Covid, tout a changé. Il faut désormais raisonner en termes d’avant et après. Après la crise du Covid, nous avons remarqué que chez les cavistes, les consommateurs étaient prêts à monter un peu en gamme parce qu’ils n’avaient pas d’autres dépenses. Nous découvrons des choses tous les jours. Le CHR n’a ré-ouvert ses portes que le 29 juin, donc beaucoup plus de vins ont été commercialisés en magasin. Ceux qui normalement fréquentent les restaurants restent désormais à la maison et consacrent un peu plus d’argent au vin. Cependant, tout le monde ne boit pas du vin de qualité supérieure en Irlande, loin s’en faut.

Comment voyez-vous l’avenir de la catégorie sur votre marché ?

Je pense que les vins issus du développement durable assumeront une place beaucoup plus importante. Outre la culture biologique et biodynamique, il y a aussi le développement durable. Certaines régions sont en train de mettre en avant leur blason écologique à travers la certification. C’est le cas de la Napa Valley avec Napa Green. Nous avons remarqué que de plus en plus de consommateurs veulent savoir si une cave est durable ou si elle abuse des produits chimiques dans le vignoble. Les fournisseurs, mais aussi les réglementations dans les différents pays, s’éloignent de la mentalité typique des années 1970. Résultat : moins de sulfites et davantage de pratiques culturales de type biologique. La jeune génération affiche une plus grande sensibilité environnementale et se montre plus au courant de ce qui se passe dans le monde. En s’informant et en lisant des articles sur les vins biologiques et biodynamiques, les consommateurs finiront par les rechercher. Les régions viticoles prometteuses y contribuent également. La Géorgie, par exemple, propose de nombreux vins natures et fait l’objet d’une grande couverture médiatique, ce qui va susciter un intérêt chez ceux qui ne s’aventurent généralement pas au-delà du merlot ou du sauvignon blanc. L’émergence de nouveaux vignobles va continuer bon train, c’est la mode actuelle, et plus les gens auront des connaissances sur le vin, plus ils seront disposés à s’orienter vers des références biologiques et biodynamiques. Je pense donc que la catégorie est importante et le sera encore plus à l’avenir, le développement durable indiscutablement.

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