Interviews, Rendez-vous avec Gabrielle Vizzavona

ENTRETIEN AVEC LA SÉNATRICE CATHERINE DUMAS

Par Gabrielle Vizzavona

« La diplomatie française s’attelle à obtenir du nouveau président américain qu’il mette un terme aux taxes fixées par Trump ».

Sénatrice et conseillère de Paris, Catherine Dumas est reconnue pour ses actions dans les secteurs de la culture, du luxe, de la gastronomie et du vin. Engagée dans la promotion et la protection du patrimoine culinaire et vinicole français, elle a notamment participé à l’inscription à l’UNESCO en 2010 du « repas gastronomique des Français » et est membre du groupe d’études « vigne et vin » du sénat.

Gabrielle Vizzavona : Quels sont selon vous les atouts du vignoble français face à la crise ?

Catherine Dumas : Le secteur des vins et spiritueux français doit faire face à une crise à multiples facettes. En plus de s’adapter à la crise sanitaire mondiale, elle doit faire face à de nombreuses tensions à l’export. Le conflit sur les subventions aéronautiques entre l’Union européenne et les États-Unis a engendré des mesures de rétorsion qui se traduisent par des droits de douane supplémentaires qui réduisent la compétitivité des vignerons sur ce marché majeur. Idem, concernant le marché britannique où le Brexit, malgré les accords, va engendrer des complications commerciales vers un pays qui représente tout de même le 2e pôle d’exportation pour l’économie française. Heureusement, les professionnels peuvent s’appuyer sur une consommation locale (plus ou moins élargie) qui évite à beaucoup d’entre eux de sombrer. On soulignera d’ailleurs qu’en France — ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres pays étrangers — les cavistes et les rayons « alcools et vins » des supermarchés ont pu rester ouverts.

GV : Celle-ci représente-t-elle une opportunité pour le secteur de se réinventer et si oui, comment ?

CD : Oui, la nécessité pour beaucoup d’exploitants de trouver de nouveaux clients pour écouler les stocks d’invendus contraint une majorité des professionnels du secteur à élargir leur dispositif de vente habituel. Le numérique et la vente à distance sont aujourd’hui les canaux du développement des ventes en « B to C » que les professionnels du vin auraient tort de négliger pour compenser leurs pertes.

GV : Quelles actions politiques pourraient être menées pour aider au rebond du secteur vinicole ?

CD : Pour les problèmes d’export que j’évoquais tout à l’heure, notamment vers les États-Unis et le Royaume-Uni, j’ai alerté le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur les difficultés que rencontrent notamment les secteurs des vins et spiritueux et ceux des parfums et cosmétiques. Il m’a assuré que ses services prenaient la mesure de ces problèmes et que la diplomatie française s’attelle à obtenir du nouveau président américain Joe Biden qu’il mette un terme aux taxes fixées par Trump. Mais le rebond ne viendra qu’avec le retour à la normale dans notre vie quotidienne. Nos espoirs sont aujourd’hui tournés vers une vaccination rapide et massive. Dans l’attente, il ne faut rien s’interdire pour aider les professionnels à survivre économiquement : fonds de compensation, accès au fonds de solidarité, Prêts Garantis par l’État (PGE), mesures fiscales et sociales.

GV : La loi Evin pourrait-elle compromettre cette relance ?

CD : La lutte contre l’alcoolisme et notamment le « binge drinking », très pratiqués chez les jeunes consommateurs, doit rester une priorité et la loi Evin fait partie de l’arsenal mis en place par les autorités françaises. Le problème « originel » de cette loi est qu’elle traite de l’alcool en général, sans trop distinguer les mesures en fonction du degré de concentration d’alcool des différentes boissons et sans cibler les mesures les plus drastiques sur les alcools effectivement consommés par les plus jeunes, notamment lorsqu’ils sont « en soirée ». La loi Evin, adoptée en 1991 mériterait un toilettage juridique pour moderniser son dispositif et, à cette occasion, distinguer les Vins, Bières et Champagnes, qui ne sont pas les boissons les plus alcoolisées du marché et donc les plus dangereuses, ni même les plus consommées par la jeunesse. À l’inverse, ces boissons sont souvent emblématiques de savoir-faire culinaires régionaux sur lesquels les collectivités aimeraient pouvoir mieux s’appuyer pour leurs communications touristiques. Il y a donc urgence à réformer !

GV : L’œnotourisme va-t-il à votre avis reprendre rapidement à la fin de la pandémie ?

CD : L’œnotourisme fait partie de l’offre touristique sur laquelle beaucoup de collectivités aimeraient mettre l’accent lorsque la reprise sera à l’ordre du jour. J’échange régulièrement sur ce sujet avec l’ancien ministre Hervé Novelli, aujourd’hui président du Conseil Supérieur de l’œnotourisme. Bordeaux, Bourgogne, Alsace, Champagne ; nombreuses sont les régions de France où l’alliance entre professionnels du tourisme et producteurs de vin doit permettre de démultiplier l’attrait de nos régions pour les visiteurs français et étrangers. Beaucoup de nos concitoyens ont redécouvert l’attrait des vacances en France ces derniers mois. Avec les partenaires comme Atout France, il faudra donc, très vite, remettre en place les éléments clés de la structuration de la branche œnotouristique en France. Je compte bien m’y employer, notamment au Sénat, chambre des territoires et des terroirs !

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